Histoire d’Ausonius

    Depuis les années 1960, l’histoire, l’archéologie et toutes les disciplines contribuant aux sciences de l’Antiquité et
    du Moyen-Âge occupent une place singulière à l’Université Bordeaux Montaigne.
    L’unité Ausonius s’inscrit dans cette longue trajectoire, faite de créations de centres, de rapprochements scientifiques et de restructurations institutionnelles.

    Ausonius : origines et trajectoires

    Montage cartographique Ausonius

    Issue de la fusion des Centres Charles Higounet (CROS), Pierre Paris et Georges Radet, la création d’Ausonius prend toute sa cohérence dans les nombreux liens qui unissent ces trois unités.

    Les collaborations entre elles sont d’ailleurs si nombreuses qu’il est difficile de raconter leurs histoires individuelles sans les entrecroiser.
    La première de ces coopérations se fait au travers du Laboratoire de cartographie historique du CROS. Dans le cadre de ses activités de prestation, il réalise en effet de nombreuses cartes pour divers projets du CPP.

    Les années 1980 voient nombre de ces liens se resserrer.

    D’une part, l’extension du champ géographique d’étude du CPP vers l’Aquitaine, région principale d’investigation du CROS, fournit un nouvel espace de collaboration. De nombreux projets sont ainsi co-dirigés par les deux centres qui apportent chacun leur expertise sur l’Antiquité, le Moyen Âge et l’occupation du sol.

    D’autre part, la création du CGR modifie quelque peu le cadre administratif et scientifique du CPP. Les infrastructures développées par ce dernier, à savoir la bibliothèque, le service des publications et le service informatique, deviennent en effet des structures mutualisées des deux unités. Le tout nouveau programme PETRAE, porté par le CPP, bénéficie quant à lui de la complémentarité des champs d’étude des deux centres. Les inscriptions latines sont en effet renseignées dans la base de données par le CPP, et les inscriptions grecques par le CGR. Mais PETRAE, véritable programme fédérateur, est également accompagné de commandes de cartes auprès du Laboratoire de cartographie historique du CROS.

    Les liens entre ces trois centres ne sont pas uniquement scientifiques et administratifs : ils sont également humains. En raison de la complémentarité des approches et des champs d’étude de ces unités, certains de leurs membres appartiennent à deux d’entre elles. Robert Étienne, le premier d’entre eux, est ainsi le responsable de la section Antiquité du CROS bien avant de fonder le CPP et le demeure par la suite. Louis Maurin, dernier directeur du CROS, ainsi que Jean-Pierre Bost, appartiennent également aux deux unités et participent activement à leurs projets respectifs. De même, Pierre Debord, directeur du CGR, et Alain Bresson sont tous deux membres du CGR et du CPP.

    Plan de la Maison de l’Archéologie
    Plan d’un projet x de la Maison de l’archéologie

    Après un premier renforcement des collaborations dans les années 1980, les trois centres se rapprochent davantage au début de la décennie 1990 avec la construction de la Maison de l’archéologie.

    L’édification de ce bâtiment est vivement souhaitée par les directions des trois centres. La conclusion du rapport d’activités scientifiques du CPP pour 1986-1987 se termine ainsi par la phrase suivante : « Enfin nous plaidons pour que la Direction Scientifique nous aide dans notre espérance à voir s’implanter à Bordeaux III « la maison de l’Archéologie » qui seule peut offrir un cadre et des espaces dignes de nos ambitions. »

    Cette « maison » n’est en effet pas conçue comme un simple bâtiment, mais témoigne d’une volonté d’unir les énergies et les moyens des centres. L’objectif est de constituer des services communs aux unités : une bibliothèque, qui hériterait des collections préexistantes, et un service des éditions, issu de la fusion des services de publication du CPP, de la revue Aquitania et de la Revue des études anciennes (REA).

    Si ces services communs réunissent uniquement ces trois unités, une quatrième s’installe conjointement dans la Maison de l’archéologie. Il s’agit du Centre de recherche interdisciplinaire d’archéologie analytique (CRIAA – URA 1515), dirigée par Max Schoerer et qui intègrera par la suite l’unité réseau multi-site dénommée « Institut de recherche sur les archéomatériaux » (IRAMAT – UMR 5060) en devenant le Centre de recherche en physique appliquée à l’archéologie (CRP2A).

    Un premier projet architectural est proposé par Jean-Claude Golvin. Autour d’un module central, destiné à accueillir les services mutualisés, il présente trois ailes individuelles pour le CROS, l’ensemble CPP/CGR et le CRIAA.

    Plan du CROS (2)
    Plan de la Maison de l’archéologie en 1992 et localisation du CROS. Source : Rapport sur l’activité scientifique du Centre de recherches sur l’occupation du sol et des peuplements (CROS) URA 999 (1988/91)
    Plan du CROS
    Plan du CROS au sein de la Maison de l’archéologie. Source : Rapport sur l’activité scientifique du Centre de recherches sur l’occupation du sol et des peuplements (CROS) URA 999 (1988/91)

    Le concours d’architecture aboutit sur l’adoption des plans, très différents, de Brigitte Gonfreville et sur l’inauguration de la Maison de l’archéologie en 1992. Les unités y emménagent durant l’été de la même année.

    L’aile Nord, qui longe l’esplanade des Antilles, est réservée à l’accueil, à la bibliothèque, ainsi qu’à une salle de conférences dont l’ensemble des centres de la Maison de l’archéologie peuvent faire usage. L’aile Sud, quant à elle, est divisée en trois parts égales séparées par de petits halls. Le CROS dispose des espaces situés les plus à l’Ouest, le CRIAA de ceux les plus à l’Est, et l’ensemble CPP/CGR est installé dans la section du milieu. Le petit hall entre le CROS et le CPP présente des œuvres de Jean-Claude Golvin.

    En termes d’organisation, le CPP, le CGR et le CROS se partagent la salle de séminaires et la bibliothèque, dont la gestion est assurée par le CPP. Une partie des espaces du CROS sont ouverts aux activités du CPP et du CGR, à savoir : les laboratoires de sciences naturelles et d’archéologie, la cartothèque et la salle de cours de recherche. Contrairement à ce qui avait pu être imaginé, les services des publications du CPP, de la revue Aquitania et de la REA demeurent distincts.

    Maison de l’Archéologie (2017)
    Vue 3D de la Maison de l’archéologie © Google Maps

    BRÈVE FICHE D’IDENTITÉ D’AUSONIUS

    Intitulé officiel : Institut de recherche sur l’Antiquité et le Moyen Âge (IRAM)
    Intitulé d’usage : Ausonius
    Identifiant CNRS : UMR 5607
    Date de création officielle : 1er janvier 1996
    Date d’affiliation au CNRS : 1er janvier 1996
    Directeur(s) :
    – Jean-Michel Roddaz (1996-2000)
    – Raymond Descat (2000-2009)
    – Valérie Fromentin (2009-2013)
    – Jérôme France (2013-)
    Personnalité tutélaire : Decimus Magnus Ausonius (IVe s. ap. J.-C.), homme politique et homme de lettres de Burdigala (Bordeaux)

    CRÉATION D’AUSONIUS

    Ancien logo de l’Institut Ausonius
    Premier logo d’Ausonius

    La construction de la Maison de l’archéologie, en 1992, est rapidement suivie par la fusion des trois centres.

    Le 1er janvier 1996, une UMR, l’Institut de recherche sur l’Antiquité et le Moyen Âge (IRAM), leur succède officiellement. Maître d’œuvre de ce regroupement, Jean-Michel Roddaz prend la direction de cette UMR après avoir assuré celle du CPP. L’unité prend « Ausonius » pour nom d’usage quelques années après.

    Son premier visuel est imaginé par Alain Bresson et Pierre-Yves Saillant. Il s’agit du portrait d’un gallo-romain.

    CONSTRUCTION DE L’ARCHÉOPÔLE

    En 2005, les locaux d’Ausonius s’agrandissent avec l’édification de l’Archéopôle d’Aquitaine à quelques mètres de la Maison de l’archéologie. Doté d’une salle d’exposition et d’une salle de conférences, ce nouveau bâtiment est conçu comme un espace de rencontre entre le public et les chercheurs.

    Il témoigne d’un véritable souci pour la diffusion des résultats de la recherche et pour la médiation scientifique. De nouveaux bureaux pour les membres d’Ausonius y sont installés.

    Archéopôle d’Aquitaine

    À ses débuts, Ausonius est majoritairement composé par des historiens, bien qu’il s’ouvre sur de nouveaux domaines, notamment avec l’arrivée dès 1995 d’un spécialiste de langue et littérature grecques. Au fil des années, la proportion d’archéologues, d’historiens de l’art et de spécialistes des langues anciennes augmente, confirmant la vocation pluridisplinaire de l’UMR.

    Ausonius se structure pour la première fois en axes de recherche en 2006 selon les thématiques suivantes :

    1. Aquitaine
    2. Péninsule Ibérique à l’époque romaine
    3. Asie mineure
    4. Economies et sociétés
    5. Occident et Orient méditerranéens
    6. Réalité virtuelle en archéologie

    En 2008, afin d’assurer une meilleure visibilité aux travaux menés sur les langues et littératures anciennes, dont le nombre s’accroît, l’axe « Littérature » est créé et le dénombrement réorganisé :

    1. Aquitaine
    2. Péninsule Ibérique à l’époque romaine
    3. Asie mineure
    4. Economies et sociétés
    5. Littérature
    6. Occident et Orient méditerranéens
    7. Réalité virtuelle en archéologie

    L’axe 7 disparaît en 2012 pour former une structure à part entière : l’Unité mixte de service Archéovision (UMS 3657).

    Les axes sont intégralement repensés et restructurés en 2013. Ils s’assimilent alors davantage à des composantes hiérarchiques et disposent chacun de deux coordinateurs. Cependant, leur cadre est volontairement souple. Les chercheurs peuvent en effet rejoindre autant d’axes qu’ils le souhaitent s’ils considèrent que leurs travaux relèvent des thématiques de plusieurs d’entre eux. Chaque projet de recherche, en revanche, doit s’inscrire dans un seul axe. L’ambition de cette organisation est de « laisser à chaque chercheur son autonomie, dans une structure qui a été élaborée en commun pour exprimer et servir les grandes orientations scientifiques du laboratoire », comme cela est expliqué dans le rapport d’activité d’Ausonius présenté lors de la campagne d’évaluation 2014-2015.

    Les axes sont alors au nombre de six :

    1. Corpus textuels
    2. Espaces
    3. Gestes pratiques, gestes rituels, pratiques sociales
    4. L’Asie mineure et la Méditerranée orientale
    5. L’ordre du monde
    6. Les sociétés dans la péninsule Ibérique

    En 2017, les axes 1 et 5 fusionnent pour donner naissance à un nouveau, intitulé « Textes, contextes, pouvoirs ».
    Dès lors, la recherche est structurée comme suit :

    1. Textes, contextes, pouvoirs
    2. Espaces
    3. Gestes pratiques, gestes rituels, pratiques sociales
    4. L’Asie mineure et la Méditerranée orientale
    5. Les sociétés dans la péninsule Ibérique

    Les années 2010 voient Ausonius s’inscrire dans un nouveau contexte scientifique.

    De 2006 à 2010, l’unité collabore avec le CRP2A et PACEA (UMR 5199) à la faveur d’un programme pluri-formation intitulé « Notion de site », sous la responsabilité d’Henri Duday (PACEA). Dans un souci de mutualisation des moyens, cette initiative mène à la création de la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux (FSAB) en 2011.

    Parallèlement, en 2010,  les trois mêmes unités s’associent en constituant un programme LabEx (« Laboratoire d’Excellence »). Coordonné par le Programme d’investissements d’avenir (PIA) du ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, le LabEx Sciences archéologiques de Bordeaux (LaScArBx) est établi pour dix ans. Sous la responsabilité de Valérie Fromentin (Ausonius), son rôle est notamment de soutenir les projets des trois centres et de favoriser les partenariats entre eux.

    Ausonius connaît en outre des évolutions internes de diverses natures avec la création du poste de directeur adjoint en 2013 et l’adoption d’un nouveau visuel, réalisé par Carole Baisson, en 2016.

    Depuis sa création, Ausonius a également su développer et adapter aux évolutions les divers services qui le composent.

    À ce sujet, voir  Des données et des supports pour la recherche.

    Originaire de Toulouse, Charles Higounet (1911-1988) est un historien spécialisé dans l’étude du Moyen Âge et dans les sciences auxiliaires à l’Histoire. Titulaire d’une chaire de cette dernière discipline, il ne cesse de souligner l’intérêt des apports des autres sciences à l’Histoire. Il s’intéresse en particulier à la cartographie et à la géographie historique. Il est en outre reconnu comme étant un partisan de l’histoire globale.

    D’un caractère posé, sa rigueur scientifique est l’un de ses traits principaux. Durant sa carrière, il œuvre en faveur du développement de méthodes de recherche interdisciplinaires. Dans cet esprit, de nombreux projets fédérant des chercheurs de plusieurs disciplines sur un seul et même objet sont élaborés.

    La fondation du CROS, en partenariat avec Henri Enjalbert (professeur de géographie), Robert Étienne (professeur d’histoire romaine) et Roland Blondin (maître de conférences de grammaire et histoire de la langue), répond à cet objectif. Cette direction en équipe atteste en outre de son ambition : en faire un cadre de recherche interdisciplinaire. Le centre a également vocation à produire des outils qui serviront d’appui dans des contextes multiples. Charles Higounet tient à ce que le CROS fournisse des supports complets et de qualité à la recherche et aux décisions politiques territoriales (atlas historiques des villes de France, plans d’occupation des sols historiques et archéologiques d’Aquitaine…).

    Portrait de Charles Higounet

    Si Charles Higounet m’était conté

    Pierre Toubert, « L’oeuvre historique de Charles Higounet (1911-1988) » in Journal des savants, Vol. 1 Num. 1, 1993, pp. 135-146

     « Un désintéressement qui était un des traits de son caractère »

    « Je garde le plus vif souvenir de la probité de ses rapports, de la pertinence souvent vivace de ses interventions, de la fermeté avec laquelle il savait défendre un dossier méritoire ou, au contraire, dire ce qu’il pensait, sans méchanceté mais aussi sans lâcheté, d’un travail médiocre ou d’un esbrouffeur. »

    (À propos de ses participations au Comité consultatif des Universités et au Comité national du CNRS.)

    « J’omets volontairement de faire état des distinctions françaises et étrangères dont il fut honoré. Rien en effet ne me paraîtrait plus injuste que d’aboutir, par l’effet de telles énumérations, à suggérer l’image d’un Charles Higounet « prince d’Aquitaine » ou, pour dire les choses autrement, grand mandarin universitaire. Rien ne serait, à mon sens, plus loin de la vérité. Charles Higounet n’a pas eu l’orgueil de refuser les honneurs. Il n’a pas eu non plus la faiblesse de fuir les responsabilités. Mais il n’a pas particulièrement recherché ni les uns ni les autres. Il les a acceptés sans façon, quand ils venaient et tels qu’ils venaient. Grand travailleur, doté d’un talent de l’organisation sans égal, c’était avant tout un homme d’impulsion pour qui un engagement soutenu dans la recherche personnelle impliquait un égal engagement à susciter, à coordonner et à faire avancer la recherche des autres. »

    « Du côté du caractère : son goût pour le travail, son refus de la morosité et de l’inaction. Du côté de l’intellect : son désir de ne pas séparer l’histoire et la géographie, avec cette certitude fondamentale que l’occupation du sol est le plus bel objet qu’il soit donné à l’historien de déchiffrer ; sa certitude que les cartes et les plans sont le plus efficace instrument de compréhension des paysages et des formes de peuplement ; sa volonté de ne jamais séparer l’analyse des formes de l’habitat ni le fait urbain des structures rurales environnantes ; la nécessité, enfin, de mener de pair l’étude des textes, des documents figurés et l’expérience irremplaçable que confère la connaissance physique et personnelle du terrain et des terroirs. »

    Portrait de Charles Higounet

    « De même que le peintre Ingres aimait à dire à ses élèves que le dessin est la probité de la peinture, Higounet nous a constamment soutenu dans l’idée que l’érudition était la probité de l’Histoire. »

    « Il n’a jamais revendiqué aucun certificat d’appartenance à aucune école historique particulière. Il avait trop de culture historiographique, je pense, pour ne pas saisir tout ce que ces étiquettes ont de dérisoire. »

    « Charles Higounet nous a laissé l’exemple et le goût du travail bien fait, chaque jour et jusqu’au bout. »

    Originaire de Mérignac, Robert Étienne (1921-2009) est un historien spécialisé dans l’étude de l’Antiquité romaine. Les recherches qu’il mène reposent en grande partie sur un travail de terrain de nature à la fois archéologique, épigraphique et céramologique. Le caractère particulièrement dispersé des sources qu’il consulte l’engage à faire de la constitution de fonds documentaires une priorité.

    D’un caractère vif, il est reconnu pour sa capacité à saisir les idées d’avenir. Il est ainsi l’un des premiers à s’être engagé dans l’étude des amphores ou à prôner un traitement informatique des données. Convaincu par les avantages du travail d’équipe, il multiplie les partenariats et encourage l’inventaire collaboratif des sources.

    La fondation du Centre Pierre Paris entend être le cadre de ce développement scientifique et méthodologique. Robert Étienne se montre particulièrement attentif dans l’entretien des relations avec les infrastructures partenaires. Il ne cesse de veiller à ce que le Centre Pierre Paris ait des moyens et une visibilité à la hauteur de ce qu’il entreprend. Dans la même visée, il entend faire de la bibliothèque et du fonds documentaire de cette unité des références internationales.

    Portrait de Robert Étienne

    Si Robert Etienne m’était conté…

    Allocutions prononcées lors de la remise de l’épée d’académicien au Grand Théâtre de Bordeaux le 20 avril 2000

    « J’étais frappé déjà de son dynamisme, de son appétit de savoir, de sa générosité de cœur »

    (Pierre Levêque, à propos de leurs années de classes préparatoires)              

     « Robert n’est pas un savant de cabinet »

    (Pierre Levêque)                    

    Portrait de Robert Étienne

     « Vous étiez, vous êtes ce qu’on peut appeler un homme de caractère, de critique et d’encouragement, et si l’on veut bien reconnaître la qualité d’un homme au nombre de ses amis mais aussi de ses ennemis, vous êtes des deux côtés richement doté, n’ayant pas davantage peur de ceux-ci que de réticence à s’ouvrir à ceux-là. »

    (Raymond Descat)                         

     « Vous célébrez la douceur de vivre en Aquitaine comme l’a fait Ausone chez qui vous retrouvez aussi le goût de l’art d’écrire, le plaisir de la conversation, l’attachement aux lettres et aux arts, bref une forme d’humanisme, et une philosophie politique fondée sur la modération dans l’exercice du pouvoir. » (Alain Juppé)                                     

     Robert Etienne par lui-même :

    « jamais je n’ai supporté de me laisser enfermer dans un ghetto unique de la recherche. Là encore, j’affirme hautement la liberté du créateur. C’est dire que la recherche m’a apporté beaucoup de bonheur, mais ma vie aurait été mutilée si je n’avais pas été un enseignant heureux. »

    Contexte historique

    Faculté des sciences de Bordeaux
    La faculté des Lettres sur le cours Pasteur

    Jusqu’à l’après-guerre, l’Université de Bordeaux est située dans sa globalité au cœur de la ville. Les locaux de la Faculté des Lettres donnent sur le cours Pasteur.

    Cependant, l’espace venant à manquer, le campus de Talence et Pessac est aménagé dans les années 1960. La Faculté y déménage en plusieurs vagues entre la fin de cette décennie et celle des années 1970. La section Moyen Âge du CROS prend ainsi place dans le bâtiment H de ce nouvel ensemble. Le CPP, quant à lui, trouve ses premiers locaux au cinquième étage du même édifice.

    En 1992, lorsque le CPP investit la Maison de l’archéologie, les espaces vacants deviennent la bibliothèque Elie Vinet. Les bâtiments du cours Pasteur, quant à eux, sont réaménagés par la ville de Bordeaux pour accueillir le Musée d’Aquitaine. 

    Durant cette période, le paysage universitaire Bordelais connaît également des modifications d’ordre institutionnel. L’Université de Bordeaux se scinde en 1970. L’ancienne Faculté des lettres devient alors l’Université Bordeaux 3.

    En 1990, cette dernière prend pour nom « Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 ». À la suite de l’unification des trois autres universités bordelaises, elle opte en 2014 pour la dénomination « Université Bordeaux Montaigne ».

    Vue aérienne de l'université de Bordeaux, 1970
    Le nouveau domaine universitaire

    L’administration de la recherche scientifique française est composée, pour ses principales grandes structures, par le ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, le réseau des universités, ainsi que le CNRS.

    Ce dernier, créé en 1939, connaît un véritable tournant en 1966 lorsqu’il institue un cadre national nouveau : celui des associations avec des structures de recherche qui lui sont externes. Elles sont nouées en majorité avec des centres de recherche universitaires. Les conventions qui sont dès lors établies octroient à ces centres le statut d’Équipe de recherche associée (ERA). Entre les années 1980 et le début des années 1990, les conventions d’association évoluent et les ERA se voient peu à peu substituées par des Unités de recherche associées (URA). Peu après cette première réorganisation, une nouvelle forme d’association, la contractualisation, donne jour aux Unités mixtes de recherche (UMR) actuelles. L’historique du CNRS spécifie qu’ »intensifiant ses partenariats et participant à l’effort national d’optimisation des moyens de la recherche publique, le CNRS est le premier des organismes nationaux de recherche à s’engager dans la « contractualisation » au cours des années 1990″.

    Chaque UMR est ainsi liée par contrats successifs à ses deux tutelles, à savoir son université de rattachement et le CNRS. Ces contrats sont établis pour quatre ans, puis deviennent quinquennaux à compter de 2013.

    Convention CROS-CNRS (document 2)
    Convention d’association entre le CNRS et le CROS

    En parallèle, les universités sont restructurées à partir de 1968 avec la création de centres de recherches, notamment en vue d’associations avec le CNRS. Des structures strictement universitaires, comme les Jeunes équipes (JE), sont également fondées. Dans les domaines de l’histoire et de l’archéologie, la formation de ces centres s’accompagne de l’émergence de cinq pôles principaux sur le territoire, à savoir Bordeaux, Aix-en-Provence, Lyon, Caen et Besançon.

    Le modèle économique des centres de recherche évolue au fil des réformes nationales. Aujourd’hui, seuls les moyens alloués à leur gestion leur sont confiés directement. Le financement des projets de recherche ne transite plus par les directions des unités. Le modèle actuel repose sur des subventions accordées individuellement aux programmes après appels à projets.

    Trois unités, une histoire commune

    Manuscrit (1964)
    Manuscrit du projet de 1964 Convention avec le CNRS

    À sa création, le CROS (dénommé d’après son fondateur à partir de 1992) est rattaché au Laboratoire de recherches historiques.

    Ce dernier, fondé en 1953 par Charles Higounet, était composé de deux unités de travail : l’équipe des sciences auxiliaires de l’Histoire et le Laboratoire de cartographie historique. Situé au 20 cours Pasteur, il disposait de 76 m2 pour ses 36 salles de travail, sa cartothèque et sa bibliothèque spécialisée en sciences auxiliaires de l’Histoire. Celle-ci contenait près de 3000 volumes et recueils dès ses débuts. Ses fonds intéressaient dès lors de nombreuses disciplines : bibliographie, paléographie, diplomatique, chronologie, histoire du livre, géographie… Elle détenait également des atlas historiques et près de 5000 fiches alphabétiques.

    Le CROS bénéficie ainsi dès sa création de ces infrastructures et moyens. En outre, le Laboratoire de cartographie historique devient l’un de ses services propres.

    Le 1er janvier 1971, le centre emménage sur le campus nouvellement créé entre Talence et Pessac où il bénéficie, en tout, de près de 190 m2. La section Moyen Âge s’implante au quatrième étage du bâtiment H, tandis que la section Antiquité occupe le niveau supérieur. Celle de géographie se trouve quant à elle dans un autre édifice. Les ouvrages de la bibliothèque sont alors répartis entre ces trois locaux.

    Convention CROS-CNRS (document 3)

    L’occupation du sol : une pluridisciplinarité revendiquée

    Dès sa création, le CROS se structure en quatre sections : « Antiquité », « Moyen Âge », « géographie et économie moderne », « onomastique ».

    Dans son rapport scientifique sur son activité pour les années 1975-1976, le CROS présente ses champs de recherche de la manière suivante :

    « Le Centre de recherches sur l’occupation du sol et le peuplement de l’Université de Bordeaux III ne limite certes pas ses investigations aux deux seuls domaines de la recherche régionale et de la cartographie historique. Par ses animateurs, comme par ses collaborateurs, il étend ses travaux à l’Europe centrale et orientale, à l’Italie, à la Péninsule ibérique et à l’Amérique latine. Néanmoins, par souci d’efficacité et pour atteindre le plus rapidement possible ses deux grands objectifs : l’Histoire de l’occupation du sol et du peuplement du Midi de la France et l’Atlas historique des villes de France, c’est sur les deux points précis de son programme indiqués plus haut qu’il entend faire porter son association avec le Centre national de la recherche scientifique  ».

    Le CROS présente ainsi une organisation originale puisque le centre, dans sa globalité, n’est rattaché qu’à son université alors que la section Moyen Âge fait l’objet d’une convention avec le CNRS.

    L’organisation en sections est attestée jusqu’au début des années 1980. Ensuite, l’unité se tourne davantage vers l’époque médiévale et se recentre sur un champ géographique hexagonal. L’ensemble de sa structure est dès lors associée au CNRS.

    Le caractère pluridisciplinaire de l’unité ne tarit pas pour autant et prend une forme nouvelle. Dans les années 1990, le CROS revendique ainsi la présence de géologues, de juristes, de conservateurs des monuments historiques et d’archivistes dans son équipe.

    Deux programmes-phares : les Atlas historiques des villes de France et les POSHA

    Le programme des Atlas historiques des villes de France débute officiellement en 1974. Annoncé en 1973, son programme répond au vœu de la Commission internationale pour l’histoire des villes, alors présidée par Philippe Wolff. Les premières années sont consacrées à la mise en place d’une méthode de travail ainsi qu’à la conception du format de publication. Charles Higounet, Jean-Bernard Marquette et Philippe Wolff forment le comité de direction originel de la collection. Publiée par le CNRS, celle-ci combine approches monographique et cartographique. Elle est inaugurée en 1982 avec la publication de plusieurs numéros dont celui de La Réole, premier opus sur lequel a travaillé le Laboratoire de cartographie historique. À ses débuts, l’Atlas s’enrichit en moyenne de quatre nouveaux volumes par an. Ce rythme décroit par la suite, en raison d’un temps de préparation plus long. Très tôt, l’équipe anticipe la réalisation d’un ouvrage sur Bordeaux, mais la tâche est telle qu’il ne verra le jour que bien plus tard, en 2009.

    Le concept des Plans d’occupation des sols historiques et archéologiques d’Aquitaine (POSHA) naît dans les années 1970. Une enquête relative au tracé de la future autoroute A61 (entre Narbonne et Toulouse) est alors confiée à Jacques Clémens, membre du CROS. Les résultats de cette étude sur les espaces concernés et leurs vestiges sont destinés aux institutions chargées de l’aménagement du territoire. Comprenant l’intérêt scientifique et l’utilité publique de tels travaux, Charles Higounet propose en mars 1978 la création d’un projet global dans le même esprit : les POSHA. Les dossiers issus de ce programme portent chacun sur un territoire particulier. Leur principale vocation est de constituer des outils de décision pour les collectivités territoriales.

    La recherche non comme fin en soi, mais comme outil

    Les POSHA répondent à l’une des vocations principales que s’est assignées le CROS : produire des outils de connaissance, de travail et de décision non seulement pour la recherche, mais aussi pour les élus, les professionnels et les habitants locaux.

    Cet engagement pour la diffusion d’outils se concrétise également par la constitution d’une cartothèque et d’une bibliothèque spécialisée en Histoire et en géographie.

    En outre, le Laboratoire de cartographie historique constitue l’une des composantes majeures de l’activité du CROS. Il joue à la fois le rôle d’un service interne, en produisant les cartes de la collection des « Atlas » par exemple, et celui d’un prestataire pour d’autres structures. Dans les dernières années d’existence du CROS, le Laboratoire de cartographie historique compte trois employés dont le travail patient et méticuleux consiste en la réalisation de dessins à la main.

    L’informatique introduite en catimini

    L’équipement général du CROS se modernise en 1988 avec l’acquisition d’un matériel informatique pour le traitement de texte et la cartographie assistée.

    Au même moment, le centre s’est engagé, entre 1986 et 1989, dans un projet de recherche d’un nouveau genre intitulé « Voies romaines en Aquitaine ». Sous la direction de Jean-Pierre Bost et financé par un contrat avec la région Aquitaine, ce projet entend déboucher sur la saisie informatique de ses résultats. La constitution d’un fichier de données et le développement d’un logiciel dédié sont ainsi projetés.

    Fiche d’identité du centre Charles Higounet

    En-tête du CROS

    Intitulé(s)  officiel(s) : Centre de recherches sur l’occupation du sol et le peuplement des pays de tradition européenne (la fin de l’intitulé disparaît à la fin des années 1970)

    Intitulé(s) d’usage :

    •  Centre de recherches sur l’occupation du sol et le peuplement (CROS)
    •  Centre Charles Higounet (à partir de 1992)

    Intitulé(s) auprès du CNRS : (section médiévale du Centre uniquement) Centre de recherches sur l’occupation du sol et le peuplement dans le midi de la France

    Identifiant(s) CNRS :

    • ERA 443 (1968-1991 ?)
    • URA 999 (1991 ?-1995)

    Naissance : 1967 (mentions du projet retrouvées dès 1964)

    Création officielle : 14 juin 1968 (arrêté ministériel)

    Association au CNRS : 1er janvier 1973 (convention du 27 avril 1973)

    Rattachement universitaire : 14 juin 1968 (Université de Bordeaux – Faculté des Lettres)

    Fondateur(s) :

    • Charles Higounet, professeur des sciences auxiliaires à l’Histoire (fondateur principal)
    • Henri Enjalbert, professeur de géographie
    • Robert Etienne, professeur d’histoire romaines
    • Roland Blondin, maître de conférences de grammaire et histoire de la langue française

    Directeur(s) :

    • Charles Higounet (1968-1979)
    • Jean-Bernard Marquette (1979-1991)
    • Louis Maurin (1992-1995) 

    Personnalité tutélaire : (à partir de 1992) Charles Higounet (1911-1988), professeur des sciences auxiliaires à l’histoire, fondateur du Centre

    Thématique(s) de recherche : recherches pluridisciplinaires sur l’occupation du sol et le peuplement en Europe et dans les pays dits de tradition européenne (en Méditerranée et en Amérique) ; thèmes les plus prégnants : histoire des villes, habitat fortifié d’époque médiévale, occupation du sol et peuplement en Aquitaine et dans le Périgord, voies de communication

    Période(s) historique(s) couverte(s) : Antiquité, Moyen Âge, époque moderne (particulièrement au travers des questions géographiques, onomastiques et économiques), époque contemporaine (au travers de la géographie et de l’onomastique)

    Discipline(s) :

    •  Histoire
    •  Géographie
    •  Géographie historique
    •  Onomastique
    •  Archéologie

    Organisation :

    • Structuration de la recherche
      • Section antiquité (dir. Robert Etienne)
      • Section Moyen-âge (dir. Charles Higounet, puis Jean-Bernard Marquette)
      • Section géographie et économie moderne (dir. Henri Enjalbert, puis Jean-Pierre Poussou et Anne-Marie Cocula)
      • Section onomastique (et géographie) (dir. Roland Blondin ; puis avec Serge Lerat)
      • Chercheurs adjoints établis en 1970-1971 : Louis Maurin (Antiquités nationales), Jean-Bernard Marquette (Moyen-âge), Jacques Clémens (Archéologie du sol médiévale), Jean-Pierre Poussou (démographie historique), Anne-Marie Cocula (sociétés modernes), Alain Huetz de Lemps et René Pijassou (Géographie)
    • Appui à la recherche
      • Laboratoire de cartographie historique (créé en 1958)
      • Bibliothèque
      • Cartothèque

    En 1980, l’Université Bordeaux 3 ne comporte pas d’unité de recherche dédiée à l’Antiquité grecque. Les spécialistes de cette discipline décident alors de se regrouper pour former le Centre Georges Radet. L’unité est reconnue administrativement comme une Jeune équipe fortement liée avec le CPP. De par le nom de son directeur, Pierre Debord, elle est souvent appelée « Jeune équipe Debord ». De la même manière, le groupe constitué pour l’étude de l’Italie et de l’Adriatique, moins indépendant vis-à-vis du CPP, est dénommé d’après Georges Fabre « Jeune équipe Fabre ».

    L’alliance avec le Centre Pierre Paris

    Pour accroître ses moyens, trouver des appuis à sa gestion et établir des collaborations scientifiques, le CGR partage de nombreuses infrastructures établies par le CPP. Bibliothèque, service informatique et service des publications sont ainsi mis en commun.

    D’un point de vue scientifique, les principaux rapprochements se font dans le cadre des missions archéologiques. Les inscriptions découvertes par les membres du CGR sont en effet saisies dans PETRAE et publiées par ce biais. Alain Bresson, responsable de ce programme au sein du CPP, est en outre l’un des principaux membres du CGR.

    Relations entre le CPP, le CGR et la « Jeune équipe Fabre ». Source : Centre Pierre Paris (UA 991). Activités scientifiques 1986-1987, p. 3

    La publication comme preuve d’existence : les Cahiers du Centre Georges Radet

    La création du CGR est suivie de très près par l’apparition de sa revue bi-annuelle : les Cahiers du Centre Georges Radet. Le premier numéro est publié en 1981 et présente les travaux déjà menés. Ses rédacteurs sont des membres de l’unité de recherche, mais également des partenaires extérieurs. Au moment de la création d’Ausonius, cinq cahiers ont vu le jour au total.

    Des bordelais en Asie Mineure

    Les opérations de terrain menées par le CGR consistent principalement en des prospections archéologiques en Carie (ancienne région située au Sud-Ouest de la Turquie actuelle) et en des missions épigraphiques. En parallèle, les travaux des membres de l’unité portent notamment sur les populations et les pouvoirs à l’œuvre en Asie Mineure, ainsi que sur l’économie grecque.

    Fiche d’identité du Centre Georges Radet

    Couvertures des Cahiers du CGR

    Intitulé officiel : Centre Georges Radet : « La culture hellénistique, rayonnement et héritages »
    Intitulé d’usage : Centre Georges Radet, Jeune équipe Debord
    Intitulé auprès du CNRS :
    Identifiant : (ministère chargé de l’enseignement supérieur) EA 534
    Date de constitution : 1980
    Date de création officielle : inconnue
    Date d’affiliation au CNRS :
    Date de rattachement universitaire : inconnue
    Fondateur(s) : Pierre Debord, professeur d’histoire grecque
    Directeur(s) : Pierre Debord 

    Personnalité tutélaire : Georges-Albert Radet (1859-1941), professeur d’histoire grecque, spécialiste de l’Asie Mineure, à la Faculté des Lettres de l’Université de Bordeaux, doyen de cette même faculté (1899-1919)
    Thématique(s) de recherche : étude de la Grèce antique et de la culture hellénistique, particulièrement au travers des territoires de l’Asie Mineure et de la Méditerranée orientale
    Période(s) historique(s) couverte(s) : époque héllenistique
    Discipline(s) :

    • Histoire
    • Archéologie
    • Épigraphie

    Organisation : structure de recherches universitaire bénéficiant des services créés par le CPP (bibliothèque, service des publications, service informatique)

    Rome ne s’est pas faite en un jour… et le CPP, qui étudie ses provinces impériales, non plus. Au sein de la Faculté des Lettres de l’Université de Bordeaux, l’étude de la péninsule Ibérique romaine est prépondérante dès le début du XXe siècle. Ce domaine de recherche se développe sous l’impulsion de Pierre Paris, archéologue et historien. Robert Étienne, professeur à l’Université de Bordeaux, s’inscrit dans cette tradition. Il monte autour de lui une équipe informelle qui devient par la suite le CPP. Fortement lié à la section Antiquité du CROS, ce centre est situé, dès ses débuts sur le campus universitaire, au cinquième étage du bâtiment H.

    La constitution de réseaux

    L’évolution du CPP est marquée par son ambition de se placer au cœur d’un réseau mondial et de faire figure de référence en son domaine. Le centre cherche ainsi à recruter les meilleurs éléments à l’international, notamment par le biais du dispositif Erasmus. Il étend progressivement son champ d’action géographique, en intervenant de plus en plus en dehors de la péninsule Ibérique, que ce soit en Aquitaine, en Adriatique ou en Afrique du Nord. Dans ce cadre il accueille en son sein la Jeune équipe Fabre, spécialisée dans l’histoire de l’Italie et de l’Adriatique romaines. Il s’associe également avec le Centre Georges Radet, dont les champs d’étude sont très différents en termes chronologiques et géographiques. (Voir la présentation du Centre Georges Radet à ce sujet.)

    Cette ambition se concrétise en outre par des collaborations locales, en particulier avec le CROS. Le CPP fait ainsi partie des sept équipes qui s’associent le 15 janvier 1979 en créant le Groupement d’intérêt scientifique dénommé « Maison des Pays Ibériques » (GIS 15). Cette nouvelle structure est basée physiquement sur le campus universitaire, dans des bâtiments inaugurés le 25 janvier 1985. (Ces derniers accueillent actuellement la Maison de la recherche.) Les équipes partenaires appartiennent aux universités de Pau, Bordeaux I et Bordeaux III. Ensemble, elles mêlent études historiques, géographiques, culturelles et juridiques. Dans son rapport scientifique pour l’année 1982, le GIS fait état de la triple nature de ses objectifs : scientifique, documentaire et culturelle. Entre 1982 et 1985 par exemple, le CPP participe à deux opérations dans le cadre du GIS : l’Atlas culturel des villes antiques de la péninsule Ibérique et un projet intitulé “Les relations entre Aquitaine et péninsule Ibérique”.

    La mutualisation des moyens, en particulier informatiques, est une priorité pour la Maison des Pays Ibériques. Une base documentaire commune est ainsi constituée.

    Sites étudiés par le CPP dans les années 1970

    L’appui à la recherche : une politique scientifique volontariste

    Outre la recherche en elle-même, le CPP mène une politique active pour disposer d’importantes ressources d’appui à la recherche. Dès sa création, le centre souhaite vivement être reconnu comme un centre documentaire de référence sur la péninsule Ibérique. Une bibliothèque d’envergure est ainsi rapidement constituée et de très nombreuses fiches de recension réalisées.

    Les membres du CPP témoignent d’un intérêt précoce pour l’informatique, notamment dans le cadre de l’étude des inscriptions. Le premier matériel informatique est acquis en 1972. Il s’agit d’une calculatrice électronique FRIDEN-SINGER. L’année 1985 voit ensuite l’arrivée de deux micro-ordinateurs (un Zénith 100 et un Apple II) ainsi que le lancement officiel de PETRAE (voir plus bas).

    Les acquisitions successives de matériel se multiplient. À l’occasion du conseil scientifique de 1988, Alain Bresson, responsable de la section informatique du CPP, indique ainsi que “le parc de machines a augmenté de manière importante en 1987, de telle sorte que les utilisateurs n’ont plus à faire la queue pour obtenir un clavier”.

    Un programme-phare : PETRAE

    Le Programme d’enregistrement, de traitement et reconnaissance automatique en épigraphie (PETRAE) prend racine en 1980, avec l’arrivée d’Alain Bresson au CPP. Son objectif est de constituer une base de données documentaires dans laquelle seraient renseignées le maximum d’inscriptions de diverses origines pour en faciliter l’exploitation.

    Il est le fruit d’une collaboration avec l’Université de Besançon et le Centre informatique de philosophie et lettres (CIPL) localisé à Lièges. Dans le cadre de ce partenariat, le CPP est chargé de la conception et de la réalisation de la banque de données. Le CIPL, quant à lui, doit établir les programmes d’indexation automatique des langues grecques et latines. Le premier logiciel de PETRAE est ainsi créé par Joseph Denooz, du CIPL, en collaboration avec le CPP. L’Université de Besançon intervient pour définir les méthodes de traitement des inscriptions.

    Deux membres du CPP sont particulièrement impliqués dans PETRAE. Alain Bresson en assure la responsabilité générale, la conception du projet ainsi que les expérimentations sur les inscriptions grecques de Camiros. Jean-Noël Bonneville participe également à la conception du projet et se charge des expérimentations sur les inscriptions latines de Sagonte.

    Les travaux préparatoires à la consitution de la banque de données débutent en 1981. Le programme est ensuite officiellement lancé en 1985 et sa base de données en 1986. Dans son bilan d’activité pour la période 1982-1985, fier de ce projet, le CPP présente PETRAE comme un “programme révolutionnaire”.

    Le 5 mars 1987, la Fondation européenne PETRAE, domiciliée en Belgique, est constituée avant que la première diffusion de la base de données n’ait lieu en septembre 1988.

    L’ampleur du programme et l’investissement du CPP sont tels que l’on dénombre la publication de vingt-cinq corpus entre l’installation du CPP au sein de la Maison de l’archéologie, en 1992, et la création d’Ausonius en janvier 1996.

    Fiche d’identité du Centre Pierre Paris

    Logo P. Paris

    Intitulé officiel : Centre Pierre Paris
    Intitulé d’usage : Centre Pierre Paris (CPP)
    Intitulé(s) auprès du CNRS :
    – Centre de recherches sur l’histoire ancienne et l’archéologie de la péninsule ibérique antique (1974-1993)
    – Centre de recherche sur l’histoire et l’archéologie du monde occidental romain (1994-1995)
    Identifiants CNRS : ERA 522 (1974-1984), URA 991 (1985-1995)
    Naissance : 1973 (premier conseil scientifique)
    Création officielle : 1974
    Association au CNRS : 1er janvier 1974
    Fondateur : Robert Étienne, professeur d’histoire romaine
    Directeurs : Robert Étienne (1973-1987), Jean-Michel Roddaz (1988-1995)
    Personnalité tutélaire : Pierre Paris (1859-1931), professeur d’histoire hispanique
    Thématique : tous les domaines de l’histoire de la péninsule Ibérique à l’époque romaine
    Période : âge du Bronze – période wisigothique
    Disciplines : Archéologie (y compris sous-marine), Histoire, Épigraphie (latine et grecque), Numismatique, Céramologie
    Organisation : Le CPP se définit lui-même comme étant à parts égales une structure de recherche et un centre de documentation de référence, grâce à sa bibliothèque et aux fichiers d’étude qu’il constitue. Il est en outre doté d’un service des publications et d’un service informatique.

    Dès leur création, le CROS et le CPP conçoivent le développement de services et d’outils d’appui à la recherche comme un objectif scientifique à part entière. En digne successeur, Ausonius continue à porter une attention particulière à ces questions.

    Des outils et des structures à la disposition de la recherche

    À sa création, Ausonius hérite du principal service du CROS : le Laboratoire de cartographie historique. Ce dernier a produit jusqu’alors des cartes réalisées à la main pour son centre de rattachement ainsi que sur commande. Lorsqu’il est intégré à Ausonius, ce modèle est révisé et le Laboratoire devient un service strictement interne. À partir des années 2000, la conception des cartes est informatisée. En 2007, le Laboratoire disparaît et son personnel intègre le service des publications.

    Ausonius hérite également de la bibliothèque de la Maison de l’archéologie. En 1992, peu avant la création de celle-ci, l’inventaire de la bibliothèque du CPP répertorie 28000 références. Dénommée d’après Robert Étienne, la bibliothèque spécialisée d’Ausonius fait partie du Service commun de documentation depuis 2001.

    Dernier grand héritage, Ausonius reprend non seulement le flambeau du CPP dans le domaine des publications, mais en fait également l’un de ses fers de lance en lui allouant des moyens humains et matériels importants. Fondé et dirigé par Alain Bresson jusqu’en 2004, le service passe ensuite sous la responsabilité de Jérôme France. La même année, il prend le nom d’Ausonius Éditions. À partir de 2011, la direction est assurée par Olivier Devillers. Au sein d’Ausonius, les éditions constituent une structure à part et ont une ligne éditoriale autonome. Leurs collections comportent des travaux de membres d’Ausonius, mais aussi de chercheurs extérieurs au laboratoire.

    Pour plus d’informations sur Ausonius Éditions : Site Ausonius Éditions

    Ausonius dispose bien entendu de services et de moyens liés à sa gestion et son organisation au quotidien. Parmi ceux-ci figurent deux véhicules, dont l’« ausonette », qui sont employés pour les opérations de terrain du LabEx Sciences archéologiques de Bordeaux.

    Laboratoire Mobiliers archéologiques

    Dès la construction de la Maison de l’archéologie et la création d’Ausonius, un laboratoire est aménagé afin d’offrir un cadre de travail optimal pour étudier le mobilier provenant des opérations de terrain. En 2005, il intègre l’Archéopôle d’Aquitaine, nouveau bâtiment de l’UMR. Il est placé sous la responsabilité de chercheurs jusqu’à la création d’un poste spécifique en 2015.

    Le Laboratoire Mobiliers archéologiques est dédié au traitement et à l’étude des artéfacts et écofacts ainsi qu’à la formation des étudiants. Il bénéficie à cet effet d’un équipement performant et spécifiquement adapté à l’analyse de tous les matériaux qui transitent dans ce service.

    Humanités numériques

    Avant même que la dénomination des « humanités numériques » n’apparaisse, en 2004, leur pratique est courante à Ausonius. Au tout début des années 2000, la réalité virtuelle y est introduite. Sous la responsabilité de Robert Vergnieux, elle se constitue comme un axe de recherche à part entière en 2006, intitulé “Réalité virtuelle en archéologie”. L’axe disparaît en 2012, lorsque son équipe devient l’Unité mixte de service (UMS) Archéovision.

    En parallèle, PETRAE, programme d’enregistrement des inscriptions développé par le CPP à partir des années 1980, continue son développement sous la responsabilité d’Alain Bresson.

    En outre, les services d’Ausonius accueillent pour la première fois un ingénieur spécialisé en géomatique en 2006. La présence de la cellule géomatique permet notamment d’assurer le relais des travaux cartographiques après la disparition du Laboratoire de cartographie historique.

    2012 voit l’arrivée d’un ingénieur en bases de données et web sémantique. L’une de ses premières réalisations est d’extraire la base de données PETRAE, dont l’environnement technique est devenu obsolète, pour continuer son développement. La structure de celle-ci est ainsi intégralement refondue.

    Pour plus d’informations sur PETRAE : Site PETRAE

    En 2014, les ingénieurs spécialisés en bases de données et en géomatique sont rassemblés au sein du pôle Humanités numériques. Le champ des compétences de ce service s’élargit peu à peu, notamment vers la modélisation 3D et la gestion des archives scientifiques. Il prend le nom d’« ausoHNum » en 2017.

    Communication, Valorisation et Médiation scientifique

    Complétant l’action du service des éditions, Ausonius adopte une réelle dynamique de communication. Cette attention répond à plusieurs objectifs : diffuser les connaissances, les transmettre à un public large, mais également valoriser la recherche elle-même et fédérer la communauté en interne.

    Si les actions de communication sont d’abord menées sans personnel dédié, un service spécifique est créé en 2011. Il est d’abord chargé d’assurer la communication en interne et en externe ainsi que d’assister les chercheurs dans le montage des expositions. Par la suite, les attributions du service intègrent la valorisation et la médiation scientifique.