Axe de recherche

L’axe « Espaces : fabrique, usages, représentations » rassemble des travaux sur l’espace considéré comme une production sociale. Il fédère des archéologues, historiens, historiens de l’art, géomorphologues, géographes, urbanistes, morphologues, archéozoologues, paléoenvironnementalistes et géomaticiens.
Fort d’un héritage scientifique reconnu depuis les travaux du Centre de Recherches sur l’Occupation du Sol créé par Charles Higounet, l’axe « espaces » explore dans une perspective diachronique et sur des champs géographiques étendus les modalités de construction, d’appropriation, de polarisation, de territorialisation, de perception et de représentations de l’espace.
Les travaux qui y sont menés, très largement interdisciplinaires et nourris des renouvellements les plus récents de chacune des disciplines impliquées, étudient les relations des sociétés du passé avec leurs espaces et leurs environnements, selon une grande variété d’échelles, de celle du site, à celles de la ville, des réseaux, et de plus vastes ensembles régionaux. Outre qu’il s’identifie par une forte représentation des études en archéologie, sédimentaire ou du bâti, le plus souvent en association avec des historien.e.s, ainsi que par une utilisation importante d’outils, méthodes et concepts propres à la spatialisation des données (de la cartographie aux systèmes d’information géographique), cet axe se distingue aussi par l’importance des travaux réalisés dans le cadre d’appels à projet et par des actions de valorisation des résultats scientifiques sous la forme de médiation et de transferts vers les partenaires extra-académiques (collectivités territoriales, entreprises, associations). Quatre thèmes y sont préférentiellement explorés.
L’adaptation des sociétés du passé à leur environnement est scrutée sur des milieux présentant des contraintes spécifiques tels les littoraux, plaines fluviales, montagnes, forêts, landes et zones humides fréquents en Nouvelle Aquitaine. On y recherche dans la longue durée, du Néolithique jusqu’à l’époque subactuelle, les modes d’occupation spécifique de ces espaces et d’utilisation de leurs ressources naturelles, qu’il s’agisse d’activités agricoles, halieutiques, extractives, artisanales ou proto-industrielles ainsi que l’impact des changements climatiques du passé et des transformations de l’environnement sur les occupations humaines et les habitats. Les travaux récemment menés ou en cours sur le littoral atlantique (Médoc et pays de Buch), les étangs de ce même littoral, dans les landes de Gascogne, les anciens marais estuariens, ou sur les zones humides de la vallée de la Garonne et du bas Adour, mobilisent des équipes largement ouvertes aux sciences de l’environnement (palynologie, carpologie, dendrologie, archéozoologie, archéo-géographie). Leurs résultats scientifiques aident à comprendre les changements climatiques en cours et à mieux penser l’adaptation des sociétés d’aujourd’hui.
La genèse, l’organisation et l’évolution des territoires forgés par les sociétés humaines s’étudient sur plusieurs échelles, à partir des différentes entités participant de la structuration du territoire, quel que soit leur statut, typologie, fonction, ou hiérarchisation : habitat, sites d’extraction et de production, établissements cultuels, espaces funéraires… (pour les sites) ; voies de communication, hiérarchisation et flux qui les empruntent (pour les réseaux). Autant de cas de figures qu’étudient les travaux en cours ou passés par les croisements des approches et dans la diachronie, de l’Aquitaine à l’Adriatique : oppida de l’âge du fer, agglomérations et villae antiques, castra et villages ecclésiaux médiévaux, juridictions urbaines médiévales, territoires de l’Église et des premières administrations civiles, cathédrales, églises et sites monastiques… Sites et réseaux s’inscrivent dans un maillage du territoire, du parcellaire aux différents découpages administratifs, du pagus à la civitas antiques, du diocèse à la paroisse, des flux marchands aux vignobles suburbains. Ils produisent des effets de polarisation ou d’émiettement, ainsi que des représentations symboliques et culturelles ayant laissé des traces matérielles, discursives et mémorielles.
Thème de recherche remarquable par sa permanence au sein des différents laboratoires s’étant succédé à Bordeaux depuis le CROS en 1968 ainsi que par la collection des Atlas historique des villes de France qui en est la principale émanation, les études sur les villes et l’espace urbain à Ausonius sont diachroniques et très largement interdisciplinaires. Elles interrogent l’objet ville, dans sa définition et sa fabrique à différentes échelles, de celles de l’aire d’influence et du territoire à celle de la parcelle lotie, et selon plusieurs temporalités (rythme, périodisation, ruptures, continuités, héritages). À l’image de la nouvelle maquette des Atlas historiques des villes adoptée depuis 2009, et qui a été appliquée à Bordeaux, Agen, Périgueux, Mont-de-Marsan, Bayonne, Besançon, les études sur la fabrique urbaine et le fonctionnement de l’espace urbain s’appuient sur de larges corpus de données, historiques, géomatiques, archéologiques, dont celles de l’archéologie du bâti et de la morphologie parcellaire. Le large éventail des cas de figure étudiés selon les mêmes protocoles scientifiques, intégrant d’anciennes villes médiévales comme Saint-Émilion, La Réole ou Saint-Macaire, ainsi que les bastides et autres villeneuves de la région donne lieu à des analyses comparatives permettant de mieux rendre compte des dynamiques spatio-temporelles de la fabrique urbaine ou à reconsidérer le couple ville-territoire. La production cartographique s’est imposée comme une source, un outil, voire une finalité, de l’analyse spatiale et le vecteur incontournable pour penser la ville.
La notion d’espace qui fédère ces différentes approches est elle-même interrogée. L’analyse spatiale est mise à distance dans ses postulats et pratiques scientifiques. Qu’il s’agisse des sources collectées dont on fait des métadonnées (archéologiques, environnementales, textuelles, épigraphiques, morphologiques, icono-cartographiques, planimétriques, géophysiques, lidar…), des méthodes d’investigation, ou du traitement des sources, la réflexion se nourrit de la pluralité et de la confrontation des approches. Leur analyse recourt tant à la géomatique (base de données, SIG) qu’aux démarches de comparaison et de modélisation, et conduit à des productions cartographiques, notamment sous forme d’atlas. Ces réflexions sur l’espace interrogent la pertinence de certains concepts – tels ceux de ville et campagne et de leur opposition dans la longue durée – et font émerger de nouveaux paradigmes, parfois empruntés à d’autres disciplines ou démarches, telle la chrono-chorématique qui, en jouant de la modélisation et du comparatif cas particulier/modèle théorique, amène à repenser les trajectoires urbaines.
Frédéric Boutoulle, professeur d’histoire médiévale – Université
Bordeaux Montaigne
frederic.boutoulle@u-bordeaux-montaigne.fr
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